La Boîte, ça travaille dur !

Julien Pichon est à l’origine de La Boîte, Le spectacle. Son projet vole maintenant de ses propres ailes grâce à l’implication de l’ensemble des comédiens, les Copeaux (NDLR : référence à la première Boîte montée au Théâtre Montmartre Galabru).

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Et pourtant ils choisissent de continuer à travailler, à faire des réunions générales, à embaucher en CDI, en CDD et à solder leurs comptes. Etat des lieux du spectacle by Julien Pichon.


Après 26 représentations, peut-on dire que tout roule pour la Boîte ?
Oui, ça roule ! Nous continuons de monter sur scène tous les vendredis avec le même plaisir de partager un instant privilégié avec le public : celui de la création d’une entreprise.

Si on entre un peu plus dans le détail, avec un spectacle comme ça, une période de « chauffe » était nécessaire. On s’est vite rendu compte que sans remise en question permanente et sans travail, il serait difficile pour La Boîte d’être au top tous les vendredis !

Nous avons eu des doutes liés à de grandes questions de fond, même après la 20e Boîte ! Fallait-il raconter l’histoire d’une Boîte ? Celle d’un groupe d’hommes et de femmes travaillant dans la même Boîte ?  Ça n’a rien à voir ! Ecoutez ce que vous racontent vos amis ou votre conjoint après leur travail : les jalousies, la hiérarchie, les amourettes, les mensonges, les rumeurs, etc. Vous ne racontez pas toujours comment vous avez réussi à clore une prestation ou remporter un contrat.

Et puis, le concept, aussi fort soit-il, devait être relayé par un jeu et une entente sur scène sans compromission. Il fallait qu’on joue le même sport, on y travaille encore.

En fait, c’est un spectacle que l’on prépare !?
Il y a eu énormément de travail pour arriver aujourd’hui à un résultat satisfaisant. De Mai à Juin 2013 ont commencé les premières répétitions, puis une résidence d’été.

Cet hiver nous avons travaillé avec Nina Châtaignier certains points de réglages en mise en scène. Elle nous a beaucoup aidé à trouver des repères sur scène, à prendre ce qui venait du public tant dans les contraintes que dans son attention : être à 200% avec lui.

Enfin, nous avons entamé un travail de fond avec Michel Lopez depuis le début d’année 2014.

Pourquoi Michel Lopez ?
Personnellement, j’avais déjà fait un stage avec lui il y a plusieurs années, Emilie Bourel le connait bien aussi pour avoir travaillé avec lui sur Improvisafond. Il a un œil redoutable, un sens critique affuté et surtout il nous a complètement déverrouillé les uns après les autres.

Pour l’instant, nous travaillons essentiellement trois choses avec lui :

  • l’écoute entre nous pour travailler des scènes plus propres, plus épurées
  • le jeu en groupe : une forme de travail d’équipe, consolider notre entente sur scène, apprendre à se faire confiance totalement
  • la sincérité de notre jeu, le jeu d’acteurs et faire attention à la blague pour la blague.

Nous tentons de résoudre aussi un autre questionnement : faut-il privilégier un jeu sincère avec des scènes déjantées ou un jeu déjanté avec des scènes réalistes ?

Enfin, suivront d’autres sujets : la musique,  les décors, les costumes, la redéfinition du rôle du présentateur et bien d’autres choses encore.

Y a-t-il eu un effet Lopez ? Avez-vous ressenti les changements dans le spectacle ?
Après la première séance avec Lopez, le lendemain nous avons joué « GINETIX », une boîte sur l’univers infirmier spécialisée dans l’acupuncture. Nous avons joué un drame. Je veux dire un « vrai drame » au sens du genre. Nous avons eu des grands moments dans lesquels nous avons eu l’impression de jouer la scène la plus importante du cinéma du monde entier. Le spectacle était à peine drôle. Nous sommes ressortis les jambes cotonneuses sans savoir ce que ça rendait. En réalité, nous avions voulu trop bien faire et appliquer la belle énergie qui s’était dégagée de notre premier atelier avec Michel. De temps en temps, il faut laisser du temps au temps ;-).

Malgré cet écart étonnant, les dernières dates ont été redoutables et nous pensons que nous sommes sur une bonne voie, une très bonne voie en réalité. Le spectacle se bonifie mais le succès d’une représentation n’est jamais acquis, il faut se « battre » à chaque fois pour cela.

A partir de maintenant ? et après la dernière le 25 Avril ?
Nous partons en résidence le 28-29 Mars prochain, l’idée de se retrouver pour passer du bon temps ensemble, peaufiner de nouvelles idées,  synthétiser les gros changements, revenir sur notre trajectoire pour l’affiner. En fait, je pense que le groupe commence à peine à montrer sa plus belle facette : on commence à se tendre de gros pièges sur scène, on prend beaucoup de risques car on se fait davantage confiance. Le décorum est mieux maitrisé, du coup on s’en écarte volontiers.

Après le 25 Avril, on va préparer une résidence d’été si nous sommes reprogrammés l’année prochaine. On va aussi surtout se reposer car nous ne savons plus à quoi ressemble un vendredi !